La commission élargit son périmètre à quatre nouveaux thèmes : les failles structurelles du dispositif de protection des actifs sensibles, l'absence de surveillance des entreprises sous LBO par les experts-comptables depuis la loi Pacte, la responsabilité civile des fonds de retournement en cas de non-respect de leurs engagements de reprise, et la gouvernance opaque de la filière de défense face à une demande croissante d'investisseurs privés. Le cas Atos est revenu de façon centrale dans les trois auditions administratives..
La commission a auditionné des membres du gouvernement en exercice et anciens ministres (Bruno Le Maire, ancien ministre de l'Économie ; Roland Lescure, ministre de l'Économie en exercice ; Marc Ferracci, ancien ministre chargé de l'Industrie), les directions de Bercy (Direction générale du Trésor, Direction générale des entreprises, Agence des participations de l'État, Comité interministériel de restructuration industrielle), la profession comptable (Fédération des experts-comptables et commissaires aux comptes) et les services de l'armement (Délégation générale pour l'armement, Direction de l'industrie de défense).
Quatre thèmes ont été identifiés dans ces auditions :
- (i)Protection juridique des actifs sensibles d'Atos présente des failles. Bercy admet ne pas connaître précisément les structures des holdings luxembourgeoises interposées et reconnaît qu'en cas de dépôt de bilan, le droit néerlandais primerait sur le droit français. La Délégation générale pour l'armement concède que si les actifs sont portés au Luxembourg, c'est précisément pour positionner les créanciers sous un droit étranger plus favorable. Ces aveux ouvrent la voie à une mesure législative imposant la domiciliation des actifs sensibles en France.
- (ii)Angle mort de surveillance dans les entreprises sous LBO. La loi Pacte a réduit de 64 % le nombre de mandats de commissaires aux comptes, ramenant leur nombre de 260 000 en 2018 à 94 000 aujourd'hui. La Fédération des experts-comptables montre que 93 à 97 % des entreprises se présentant au tribunal de commerce n'ont plus de commissaire aux comptes : c'est précisément dans cette zone d'ombre que se déploient les pratiques "de captation" étudiées par la commission.
- (iii)Précédent contentieux qui change les règles du jeu pour les fonds de retournement. L'action en responsabilité civile lancée le 11 janvier 2026 contre Greybull Capital pour non-respect de ses engagements pris en contrepartie d'aides publiques marque un tournant : c'est la première fois que l'État poursuit un fonds devant le tribunal des affaires économiques pour manquement à ses engagements de reprise. Trois ministres successifs ont confirmé cette ligne. L'État ne se privera plus d'exercer ce type de recours.
- (iv)Fenêtre d'investissement s'ouvre dans la défense, tandis que la gouvernance de la filière munitionnaire est mise en cause. La Délégation générale pour l'armement confirme un déficit d'offre de fonds français dans la base industrielle et technologique de défense et dialogue hebdomadairement avec des candidats à l'investissement. Simultanément, la Direction de l'industrie de défense révèle une opacité de gouvernance qui pourrait conduire à des recommandations plus contraignantes qu'attendu sur ce secteur.